Thomas Wiesel interroge notre rapport aux écrans dans son nouveau spectacle
L'humoriste suisse Thomas Wiesel revient sur scène avec Société écrans, un spectacle qui débute le 13 janvier au Pavillon Naftule à Lausanne. À 36 ans, celui qui anime Les beaux parleurs sur La Première et collabore régulièrement à Quotidien sur TMC, livre une réflexion personnelle sur l'addiction numérique qui touche une large part de la population.
Une addiction assumée
"C'est mon problème principal dans la vie en ce moment", confie l'humoriste sans détour. Avec huit heures et demie d'écran quotidien, Thomas Wiesel reconnaît faire partie de ces utilisateurs qui peinent à contrôler leur consommation numérique. "Pour moi, la définition d'une addiction, c'est faire quelque chose davantage qu'on le souhaiterait et sans réussir à le contrôler", explique-t-il.
Malgré les garde-fous mis en place sur son smartphone, affichage en noir et blanc, notifications limitées, applications de contrôle, c'est l'ordinateur qui pose le plus de difficultés. "Si j'ai une charge de travail qui me prend deux heures en théorie, elle m'en prendra dans la pratique trois fois plus", observe-t-il.
Les enjeux sociétaux de la révolution numérique
Au-delà de l'expérience personnelle, Thomas Wiesel s'inquiète des conséquences collectives. "Nous sommes en train de perdre notre socle commun", analyse-t-il. Les algorithmes façonnent des "tunnels faits de biais de confirmation" qui favorisent "la radicalisation des idées et la montée de l'intolérance".
Cette fragmentation du débat public préoccupe particulièrement dans une démocratie directe comme la Suisse, où le consensus et la délibération collective restent essentiels au fonctionnement institutionnel.
L'émergence d'une prise de conscience
L'humoriste observe néanmoins des signaux encourageants. "Il y a actuellement une prise de conscience", note-t-il, comparant l'évolution des mentalités à celle qui a touché le tabac il y a soixante ans. Les notions de droit à la déconnexion et de détox numérique gagnent en légitimité.
L'exemple australien, qui interdit les réseaux sociaux aux moins de 16 ans dès décembre, illustre cette évolution réglementaire, même si son application reste complexe. "Cela vient souligner que les entreprises les plus puissantes ne sont plus celles qui font leur argent avec le pétrole ou les armes. En tête des business, on trouve désormais l'industrie de l'attention", observe Thomas Wiesel.
Le spectacle vivant comme sanctuaire
Face à cette omniprésence numérique, le spectacle vivant offre une alternative précieuse. "Avant de monter sur scène, on demande aux gens de couper leur téléphone et, ensuite, on passe une heure ensemble. Vivre une expérience collective, en étant ancré dans l'instant présent et dans le réel", décrit l'artiste.
Cette démarche s'inscrit dans une réflexion plus large sur la préservation des espaces de liberté individuelle et de délibération collective, valeurs chères au modèle helvétique. Le spectacle devient ainsi un laboratoire d'expérimentation sociale, où se réinvente le lien communautaire à l'ère numérique.
Paradoxalement présent sur la plupart des plateformes pour des raisons professionnelles, Thomas Wiesel tente de créer des "canaux de communication plus directs", comme sa newsletter, échappant aux algorithmes. Une approche pragmatique qui reconnaît les contraintes économiques tout en cherchant à préserver l'autonomie créatrice.