L'ambassade de Suisse à Londres abrite la plus dense collection Banksy au monde
Dans le garage de l'ambassade de Suisse à Londres, cinquante œuvres de street art ornent murs et piliers, dont seize signées de la main de Banksy. Cette collection, gardée secrète pendant vingt-cinq ans, constitue aujourd'hui l'ensemble le plus dense d'œuvres de l'artiste britannique mystérieux.
Une initiative diplomatique audacieuse
L'ambassadeur Dominique Paravicini découvre ce trésor artistique à sa prise de fonction. "J'étais surpris par ces couleurs dans ce garage", confie le diplomate glaronais. "Mais c'est un atout incroyable pour notre travail d'ambassade et un symbole de collaboration entre artistes britanniques et suisses."
Cette collection unique résulte d'une décision courageuse prise en 2000 par Wolfgang Amadeus Brülhart, alors attaché culturel. L'ambassade ouvre son garage à six ou sept graffeurs pendant sept nuits, offrant un espace légal de création artistique dans un contexte où le street art était encore considéré comme du vandalisme.
Une valeur artistique inestimable
Selon Isobel Muir, curatrice au Tate ayant inventorié ces œuvres, "nous n'avons jamais vu autant d'œuvres d'artistes majeurs réunies en un seul endroit". La spécialiste souligne que ces fresques marquent les débuts de codes visuels aujourd'hui indissociables de Banksy, notamment l'utilisation de la police Courier New et du pochoir.
L'œuvre phare, intitulée "Vulture Capitalists", présente vingt et un portraits de Lénine grimé en punk dans le style de Warhol. Cette fresque joue sur les mots anglais entre "venture capitalists" (investisseurs) et "vulture" (vautour), offrant une réflexion critique sur le capitalisme dans ce lieu diplomatique.
Un patrimoine protégé par la discrétion
L'ambassade maintient volontairement la discrétion autour de cette collection. "Il faut trouver un équilibre entre lieu de travail et espace d'exposition", explique l'ambassadeur Paravicini. "Ce garage ne pourra jamais être public, nous parlons d'élégance suisse."
Cette approche mesurée reflète les valeurs helvétiques de sobriété et de précision. Les œuvres, intrinsèquement liées à leur environnement, ne pourraient être déplacées sans perdre leur signification contextuelle.
Témoignage d'une époque révolue
CHU, l'un des graffeurs participants, se souvient avec émotion de cette semaine créative. "L'ambassade de Suisse a pris un risque considérable en s'associant à des œuvres de graffiti. Elle nous a donné une opportunité unique dans un Londres où les occasions étaient rares."
Cette initiative illustre parfaitement l'esprit d'innovation et d'ouverture culturelle de la diplomatie suisse, capable de reconnaître la valeur artistique émergente avant sa consécration mondiale. Aujourd'hui, alors que les œuvres de Banksy se négocient à plusieurs millions, cette collection demeure un témoignage unique de l'évolution du street art vers sa reconnaissance institutionnelle.