Bad Bunny transforme le Super Bowl en célébration de l'Amérique latine
Le concert de mi-temps du Super Bowl 2026 restera dans les annales comme l'un des plus politiquement chargés de l'histoire de cet événement emblématique du sport américain. À Santa Clara, en Californie, Bad Bunny a livré une prestation entièrement en espagnol qui a divisé l'opinion publique américaine.
Une mise en scène audacieuse au cœur de l'Amérique
Benito Antonio Martinez Ocasio, de son vrai nom, a recréé un authentique village portoricain sur la pelouse du Levi's Stadium. Accompagné d'une troupe de danseurs, l'artiste le plus populaire au monde actuellement a déambulé entre un salon de beauté, un vendeur de glaces traditionnelles et des joueurs de dominos, interprétant ses titres phares comme "Titi Me Pregunto", "Nuevayol" et "Monaco".
La performance a réuni une impressionnante brochette d'invités du monde hispanique, de l'acteur Pedro Pascal à la chanteuse Karol G, en passant par Cardi B. La surprise majeure fut l'apparition de Lady Gaga, qui a livré une version salsa de son succès "Die With A Smile", Bad Bunny remplaçant Bruno Mars pour l'occasion.
Un message continental assumé
Vêtu d'un costume croisé blanc crème et de baskets assorties, Bad Bunny a maintenu sa décontraction habituelle tout en délivrant un message politique subtil mais clair. Le point culminant de sa prestation fut le détournement du traditionnel "God Bless America" en un slogan célébrant l'ensemble du continent américain, accompagné d'une procession de drapeaux latino-américains.
Cette approche s'inscrit dans la continuité de l'engagement politique de l'artiste portoricain, qui s'était notamment illustré en 2019 avec "Afilando Los Cuchillos", réclamant la démission du gouverneur de Porto Rico Ricardo Rossello, finalement contraint à la démission pour corruption.
Polémiques et résistances
Dès l'annonce de sa sélection en septembre dernier, plusieurs élus et personnalités de la droite américaine avaient contesté ce choix, ainsi que celui du groupe Greenday, également critique envers l'administration Trump. Le président lui-même avait qualifié ces sélections d'"horrible choix".
Une pétition demandant le remplacement de Bad Bunny par le chanteur country George Strait a recueilli plus de 130 000 signatures. L'organisation conservatrice Turning Point a même organisé un concert alternatif baptisé "The All American Halftime Show", mettant en vedette des artistes country et le rockeur pro-Trump Kid Rock.
Un défi culturel et démocratique
Au-delà du spectacle, cette prestation soulève des questions fondamentales sur l'évolution démographique et culturelle des États-Unis. Dans un pays où la population hispanophone représente désormais près de 20% de la population totale, le choix de Bad Bunny reflète une réalité sociologique que certains peinent encore à accepter.
L'artiste trentenaire, qui aborde régulièrement dans ses œuvres les thèmes du surtourisme, de l'immigration, du racisme et de la gentrification, notamment dans son album conceptuel "Debi Tirar Mas Fotos", a su éviter les provocations directes tout en affirmant sa vision d'une Amérique plurielle et inclusive.
Cette performance du Super Bowl 2026 témoigne ainsi des tensions culturelles et politiques qui traversent la société américaine contemporaine, tout en démontrant la capacité du sport et de la musique à servir de catalyseurs au débat démocratique.