Violence politique en France : l'ultradroite sous surveillance renforcée
La mort de Quentin Deranque à Lyon en février, militant d'extrême droite tué par des activistes d'ultragauche, relance le débat sur les violences politiques en France. Cette tragédie éclaire les différences substantielles entre les modes opératoires des extrêmes, révélant des enjeux sécuritaires majeurs pour les démocraties européennes.
Un déséquilibre dans la surveillance
Les chiffres des services de renseignement français illustrent une réalité préoccupante : 3 000 militants d'ultradroite font l'objet d'une surveillance, dont 1 300 fichés S, contre 2 000 à 2 500 personnes pour l'ultragauche. Cette disproportion reflète l'évaluation du risque terroriste par les autorités.
Selon Isabelle Sommier, professeure de sociologie politique à l'université Paris-1, les données compilées entre 1986 et 2026 révèlent un bilan lourd : 60 morts imputables à l'ultradroite contre six à l'ultragauche. Ces statistiques, issues de l'ouvrage "Violences politiques en France" publié aux Presses de Sciences Po, nécessitent une analyse rigoureuse des motivations politiques réelles.
Modes opératoires distincts
Xavier Crettiez, professeur à Sciences Po, établit une distinction fondamentale : "L'ultradroite cogne quand l'ultragauche détruit". L'ultragauche privilégie les dégradations matérielles, ciblant des symboles étatiques ou capitalistes selon la technique "Black Bloc", créant davantage de troubles à l'ordre public que d'atteintes aux personnes.
À l'inverse, l'ultradroite pratique des violences "altérophobes" contre des individus "non pas pour ce qu'ils font mais pour ce qu'ils sont" : homosexuels, minorités raciales ou religieuses, particulièrement vis-à-vis de l'islam aujourd'hui.
Menace terroriste d'ultradroite en progression
Le Parquet national antiterrorisme (Pnat) constate "la montée en puissance de la menace d'ultradroite" depuis 2015. L'année 2025 a marqué un tournant avec le premier attentat terroriste abouti de cette mouvance à Puget-sur-Argens et trois projets déjoués. Au total, 12 projets terroristes d'ultradroite ont été neutralisés, dont 10 par la DGSI.
Cette menace s'appuie sur une idéologie hétérogène incluant néofascistes, suprémacistes blancs, accélérationnistes, complotistes, survivalistes et "incels". Les services observent un "renouveau militant depuis 2020" porté par des narratifs comme le "francocide".
Radicalisation et rajeunissement
Les autorités constatent un "rajeunissement" des militants, souvent fascinés par l'ultraviolence. Une tendance concerne également des adultes adoptant "une logique d'autodéfense", s'armant en prévision d'un effondrement étatique.
Le risque d'attentat isolé préoccupe particulièrement, notamment de la part des "tenants de la mouvance accélérationniste, dont le principe idéologique est précisément de lancer des attentats pour forcer la main à une guerre de civilisation".
Ressorts communs aux extrêmes
Malgré leurs différences, ultradroite et ultragauche partagent des mécanismes similaires : conviction que "le monde court à sa perte", défiance envers les autorités et urgence d'agir. Ces éléments constituent des facteurs de radicalisation communs que les démocraties doivent comprendre pour mieux les prévenir.
Comme le souligne le rapport parlementaire de 2023, si la société semble se brutaliser, elle reste "globalement moins violente qu'avant tout en étant plus visible", rappelant l'importance d'une analyse historique nuancée des phénomènes de violence politique.