Sans-abri à Genève : le compte n'y est pas
Plus de 750 personnes sans domicile fixe vivent dans les rues de Genève pour seulement 500 places d'hébergement d'urgence disponibles. Entre hotline saturée, séjours limités à 30 nuits et retour à la rue, l'émission Temps Présent révèle le quotidien de celles et ceux qui tentent de se reconstruire dans un système au bord de la saturation.
Une hotline saturée pour 500 places
À Genève, l'accès aux hébergements d'urgence se fait uniquement par téléphone. Trois intervenants polyglottes reçoivent en moyenne 150 appels par jour. « Hier, on n'avait que deux places. Il y a des jours où on n'en a pas du tout. C'est très saturé un peu partout, même pour les familles », explique Gabriela, accueillante sociale.
La dernière étude de l'Université de Genève date de 2021. Elle faisait état de plus de 750 personnes sans-abri par jour. Le manque de places est avéré. « On n'a jamais autant de places que de demandes. Chaque structure est pleine, quel que soit le public », confirme Alex Muller, responsable de la centrale téléphonique d'hébergement d'urgence.
Trente nuits maximum, puis retour à la rue
Ceux qui décrochent une place peuvent séjourner 30 nuits dans un hébergement d'urgence. Ensuite, ils doivent observer une pause de deux semaines avant de pouvoir rappeler. « Nous, on stipulait qu'on voulait être tous les trois, ma compagne, moi et la chienne. Être séparé, c'est dangereux », raconte Chris.
On peut trouver des personnes en accident de parcours, des personnes isolées qui développent des troubles, des personnes en situation d'addiction
L'abri de protection civile de Richemond accueille 80 personnes chaque nuit, 365 jours par an. Dans ce bunker souterrain, les bénéficiaires trouvent un lit, un repas et un accès aux douches. Mais dès 8 heures du matin, c'est retour à la rue pour toute une journée d'errance.
« Les profils sont très différents. On peut trouver des personnes en accident de parcours, des personnes isolées qui développent des troubles, des personnes en situation d'addiction », détaille Lorenzo Maggio, responsable de la structure.
Un réseau d'aide qui tourne grâce aux bénévoles
Entre deux passages en hébergement, les sans-abri peuvent compter sur un réseau associatif. Au Point d'Eau, les bénévoles offrent douches, soins médicaux gratuits et vêtements propres.
Le docteur Sabry Sadfi, dentiste bénévole, y reçoit régulièrement des personnes usées par la rue. « Il y a des mâchoires qui sont très abîmées. Une demande récurrente, ce sont les dents de devant, parce que pour chercher du travail, c'est compliqué quand on est dans la rue », explique-t-il.
L'impuissance face au statut légal
Pour les travailleurs sociaux, accompagner des personnes sans statut légal relève souvent de l'impuissance. « Quand quelqu'un n'a pas de droits en Suisse, on lui dit que dans sa condition, il n'a pas le droit de travailler ici. Ça fait un peu mal. C'est frustrant, on aimerait faire plus », confie Many Zola, travailleur social.
Habou, jeune Malien hébergé à Richemond, en fait l'amère expérience. « Il y a beaucoup d'entreprises qui veulent nous prendre, mais sans permis, c'est impossible. Si je n'ai pas de permis, je n'ai pas d'autre choix que de dormir dans la rue. »
Une lueur d'espoir pour certains
Chris et Salomé ont finalement obtenu un hébergement dans la seule structure de la Ville qui accepte leur chienne Ruby. Ils peuvent y rester trois mois. « Maintenant, on réapprend à vivre, parce que la rue, c'est de la survie », dit Chris, même si la crainte demeure. « J'ai toujours cette inquiétude de retourner dehors. »