Le Tribunal correctionnel de Genève a condamné vendredi les deux protagonistes d'un rodéo urbain ayant causé la mort d'une cycliste de 31 ans en 2023 à des peines de 7 ans de prison pour meurtre par dol éventuel et tentative de meurtre par dol éventuel. Les deux hommes, âgés de 33 et 22 ans au moment des faits, ont été immédiatement arrêtés à la demande du Ministère public, tandis que leurs avocats ont annoncé leur intention de recourir.
Quels sont les faits reprochés aux deux prévenus ?
Peu avant 02h00, les deux passionnés de véhicules s'étaient livrés à des accélérations et des dépassements sur environ deux kilomètres, en dehors de quelques arrêts aux feux rouges. Selon la présidente du tribunal, Alexandra Banna, les images et les mesures « édifiantes » démontrent clairement la réalité de la course-poursuite, contrairement aux dénégations du plus âgé des prévenus.
Ce dernier a fauché la cycliste, une Espagnole travaillant dans une organisation internationale, à plus de 140 km/h dans une zone limitée à 60 km/h, la projetant sur 48 mètres. La victime traversait la route à vélo hors d'un passage piéton. Le tribunal a estimé que si le chauffard avait respecté la vitesse autorisée, la collision n'aurait pas eu lieu « parce qu'il aurait eu le temps de freiner ». La faute « est extrêmement grave », a souligné la présidente.
Pourquoi le tribunal a-t-il retenu le dol éventuel ?
Les prévenus « avaient conscience du danger », a affirmé Alexandra Banna. Leur attitude d'aveuglement à des « vitesses insensées » rendait « l'issue fatale ». Le Tribunal fédéral a par le passé considéré que le dol éventuel pouvait être appliqué aux « cas flagrants ». Les peines prononcées sont supérieures de deux ans à celles du responsable d'un précédent rodéo urbain à Genève qui avait tué un piéton et grièvement blessé un second en 2013.
Quelles sont les circonstances aggravantes retenues ?
Le tribunal a dénoncé la collaboration du plus âgé des prévenus, père de trois enfants, passée de bonne à mauvaise. Pendant l'audience, l'individu avait admis une « connerie ». Ce Kosovar, qui sera expulsé pour 5 ans au terme de sa peine, a également percuté plus loin un véhicule venant en face, blessant son occupant qui subit toujours les effets psychologiques de la collision. Seule « la chance » explique qu'il ait survécu, a ajouté la présidente.
L'autre protagoniste, un Franco-Suisse, avait reconnu à l'audience une responsabilité morale et avait décéléré voire freiné en amont du choc. Malgré cette situation, le tribunal estime qu'il a manifesté sa volonté de continuer la course et le considère comme « co-auteur ». Il déplore aussi qu'il ne se soit arrêté que 650 mètres plus loin, avant de revenir à pied sur les lieux du drame. Son changement d'attitude tardive est retenu, mais il est condamné à une peine semblable en raison d'autres infractions, notamment des violations graves à la circulation routière.
Quelles sont les prochaines étapes judiciaires ?
Les avocats des deux condamnés ont dix jours pour recourir contre leur incarcération immédiate auprès de la Cour de justice. Ils ont dénoncé des « excès » de la procureure Olivia Dilonardo qui avait brandi la menace d'une fuite ou d'une réitération des infractions. L'avocat du Franco-Suisse, Robert Assaël, a immédiatement interjeté appel. Son confrère, François Canonica, laisse entendre qu'un appel sera également interjeté pour le Kosovar. Le Ministère public avait requis des peines de 9 ans pour le Kosovar et 8 ans pour le Franco-Suisse.
Quels motifs ont guidé les prévenus ?
Selon la présidente, les deux hommes, tous deux déjà condamnés pour des infractions routières, avaient des motifs « égoïstes » et « futiles ». Cette affaire illustre une nouvelle fois les dangers des rodéos urbains et la détermination des autorités judiciaires à y répondre avec sévérité, dans le respect des garanties procédurales propres à notre État de droit.
