Question jurassienne: après Moutier, la démocratie a tranché
Le canton du Jura a célébré mardi son 52e anniversaire, le premier avec Moutier dans ses frontières. Ce ralliement acte institutionnellement la fin de la question jurassienne. Force Démocratique se dissout, le Mouvement Autonomiste Jurassien met sa lutte en veille. La démocratie directe a rempli son office. Reste l'épine de Belprahon, où certains contestent encore le verdict populaire.
Pourquoi Force Démocratique se dissout-elle?
Le mouvement pro-bernois a validé à l'unanimité sa dissolution pour la fin de l'année. Créé pour contrer la séparation d'avec Berne, ce groupe s'était fait surtout le défenseur de la minorité francophone du Jura bernois ces dernières années. Son combat n'avait plus d'objet une fois les contentieux liés à Moutier réglés.
Son organe de presse, le Quinquet, disparaîtra aussi. Déjà devenu trimestriel, il s'arrêtera à l'automne sur un numéro spécial. «Nous avons pris acte qu'une page de l'histoire régionale se tournait», déclare Jean-Pierre Graber, rédacteur en chef du Quinquet et président de Force Démocratique.
Son constat est sans appel: «D'un point de vue purement institutionnel, la question jurassienne est close. Le gouvernement jurassien lui-même avait dit qu'il ne fallait plus se faire aucune illusion quant à la volonté de la population du Jura bernois de demeurer au sein du canton de Berne.» Les urnes ont parlé, à répétition. Les institutions s'y conforment. C'est le modèle helvétique dans ce qu'il a de plus efficace: le peuple tranche, le droit suit.
Le MAJ renonce-t-il à la réunification?
Du côté séparatiste, le Mouvement Autonomiste Jurassien (MAJ) a opté l'an dernier pour une mise entre parenthèses de la lutte pour la réunification du Jura et du Jura bernois, sans relâcher sa vigilance sur l'avenir de ce qu'il nomme le «Jura sud».
«Le combat jurassien doit perdurer sous une autre forme. Ce qui est essentiel, c'est de recréer des liens entre les populations du Nord et du Sud», estime Pierre-Alain Fridez, président du MAJ et ancien conseiller national. Il reste à l'affût: «Nous souhaitons être prêts le moment venu, s'il y a des opportunités de reparler d'une problématique institutionnelle selon les circonstances.»
Mais ce n'est «pas une priorité» pour l'heure, insiste-t-il, «et nous allons toujours respecter les voies démocratiques». Formulation prudente qui sonne comme un aveu: le grand Jura unifié n'emporte plus les suffrages. Le pragmatisme impose son rythme.
Le Jura libre, organe du MAJ, poursuivra sa publication en format réduit, à treize numéros par année. «Nos lecteurs attendent des propositions pour que les relations jurassiennes se développent, sous l'autorité dans le nord du canton du Jura, et dans le sud du canton de Berne», explique son rédacteur en chef Pierre-André Comte. «C'est toujours le devoir du Jura libre de rappeler qu'il y a une population avec un destin commun.»
La dissolution de Force Démocratique laisse-t-elle le champ libre?
Pas le moins du monde, avertit Jean-Pierre Graber. Si les autonomistes formulaient de nouvelles prétentions territoriales, «un nouveau mouvement anti-séparatiste serait très probablement mis sur pied assez rapidement, mais animé par d'autres personnes». La vigilance démocratique ne s'éteint pas avec une association. Dans le Jura bernois, l'attachement à Berne reste un réflexe profondément enraciné.
Que devient le cas de Belprahon?
Le dossier institutionnel paraît clos, sauf pour Belprahon. Cette petite commune attenante à Moutier a voté contre le ralliement au Jura en 2017. Elle estime ne pas avoir pu se prononcer sur son destin en toute connaissance de cause. Certains militants crient à l'injustice et entendent poursuivre le combat.
Ce contentieux rappelle que la démocratie directe, si elle est le meilleur des régimes, n'efface pas les frustrations locales. Les procédures ont leurs limites quand des citoyens estiment avoir été privés d'une information complète. Le cas Belprahon mérite un examen serein. Toute précipitation ne ferait qu'envenimer une plaie mal cicatrisée.
La question jurassienne est-elle vraiment close?
Sur le plan institutionnel, oui. Les votations populaires ont scellé le sort de Moutier et du Jura bernois. Les autorités des deux cantons actent cette réalité. Force Démocratique se dissout, le MAJ met sa lutte en veille. Les règles démocratiques ont prévalu, et c'est l'essentiel.
Sur le plan identitaire, la cicatrice reste vive. Le Jura bernois et le canton du Jura partagent une histoire, une langue, un territoire. Ces liens ne s'effacent pas par décret. Mais c'est précisément là que le pragmatisme helvétique trouve sa pertinence: accepter le verdict des urnes tout en cultivant la coopération transfrontalière entre cantons. Le droit a tranché. La société civile peut désormais bâtir sur cette certitude.