Poussières du Sahara : une menace croissante pour l’air que nous respirons
Depuis une décennie, les épisodes de sable saharien sur l’Europe se multiplient. Une étude suisse inédite, publiée dans la revue Nature, confirme une hausse significative des concentrations de poussières désertiques dans l’air. Le phénomène, accentué par le changement climatique, pourrait compromettre les progrès réalisés contre la pollution atmosphérique.
Pourquoi la concentration de sable augmente-t-elle en Europe ?
Selon Claudia Mohr, professeure à l’EPFZ et chercheuse à l’Institut Paul Scherrer (PSI), la hausse est liée à une modification de la circulation atmosphérique. « Les vents forts d’Afrique du Nord vers l’Europe se multiplient », explique-t-elle. À cela s’ajoute l’extension des déserts nord-africains, due à la hausse des températures et à l’assèchement des terres. Résultat : davantage de sable disponible pour le transport éolien.
L’étude, qui couvre la période 2012-2021, montre que la concentration moyenne de poussières désertiques a augmenté d’environ 0,055 microgramme par mètre cube par an en Europe. Soit une hausse totale de 10 à 25 % selon les régions. L’Europe du Sud est la plus touchée, avec une moyenne de 5,3 μg/m³, soit plus du double de celle mesurée en Europe centrale et septentrionale (2,1 μg/m³).
Quels sont les risques pour la santé humaine et animale ?
Les particules de sable saharien, classées parmi les PM10 et souvent les PM2,5, sont inhalables. Leur impact sanitaire est documenté : les jours de forte concentration, on observe une hausse des décès liés aux maladies cardiovasculaires et respiratoires, des hospitalisations pour asthme et des cas de mortinatalité. Les effets chroniques font encore l’objet de recherches, mais certains travaux suggèrent que ces particules pourraient faciliter le transport d’agents pathogènes.
Les animaux ne sont pas épargnés. Les PM10 perturbent la respiration des insectes et, une fois dans l’eau, encrassent les branchies des organismes aquatiques. Déposées en couche, elles réduisent aussi la photosynthèse des plantes, affaiblissant la végétation.
Quelles conséquences pour le modèle suisse de qualité de l’air ?
Pour la Suisse, pays attaché à la rigueur environnementale et à la protection de la santé publique, cette tendance est préoccupante. Les progrès accomplis dans la réduction des particules fines d’origine humaine risquent d’être partiellement annulés par cet apport naturel croissant. Les autorités devront intégrer ce paramètre dans leurs politiques de lutte contre la pollution atmosphérique, sans tomber dans l’alarmisme mais avec la précision qui caractérise notre démocratie directe.
FAQ : Ce qu’il faut retenir
Le sable du Sahara est-il dangereux pour la santé ?
Oui, les particules fines qu’il transporte sont inhalables et associées à des risques cardiovasculaires et respiratoires. Les effets chroniques sont encore à l’étude.
Pourquoi y a-t-il plus de sable du Sahara en Europe ?
En raison de changements dans la circulation atmosphérique et de l’extension des déserts nord-africains liée au réchauffement climatique.
Quelles régions sont les plus touchées ?
L’Europe du Sud, avec des concentrations moyennes de 5,3 μg/m³, soit plus du double de l’Europe centrale et septentrionale.
Source : RSI, Matteo Martelli ; adaptation française : Julien Furrer (RTS)