JO Milan-Cortina: la Suisse face aux géants de la NHL
Après douze années d'absence, les vedettes de la NHL retrouvent les Jeux olympiques. Pour l'équipe de Suisse, qui reste sur deux finales consécutives aux Championnats du monde, cette participation à Milan-Cortina représente un défi d'une ampleur inédite.
Une opposition d'un niveau exceptionnel
La présence intégrale des joueurs de la Ligue nord-américaine transforme radicalement la donne olympique. Si la Suisse dispose de sa meilleure sélection possible avec dix éléments évoluant en NHL, ses adversaires bénéficient du même avantage.
"Par rapport au Mondial, du fait de la présence de la NHL dans son intégralité, les JO sont un autre monde", analyse Olivier Keller, ancien défenseur international. "Les sélections des meilleures nations, cette année, sont des dream teams. Pour la Suisse, ce serait déjà bien de disputer les quarts de finale."
Cette évaluation mesurée reflète la réalité d'un tournoi où les équipes nationales retrouvent leur configuration optimale. Félicien Du Bois, consultant à SRF et ancien international aux 124 sélections, partage cette analyse: "Le Canada, les États-Unis et la Suède me paraissent au-dessus. Sur un match, la Suisse est capable de s'imposer. Mais pour remporter le titre, il faudrait battre deux ou trois de ces grosses équipes quand ça compte."
Le dilemme des gardiens
L'équipe dirigée par Patrick Fischer devra résoudre plusieurs équations tactiques, à commencer par le choix du gardien titulaire. Trois portiers peuvent légitimement prétendre au poste: Leonardo Genoni, élu MVP du Mondial 2025, Akira Schmid, numéro un à Vegas, et Reto Berra, performant à Fribourg.
"Genoni me fait un peu souci", tempère Keller. "Il n'est pas en grande forme, ni en grande confiance avec Zoug actuellement. Je partirais plutôt avec Schmid et Berra."
Du Bois adopte une perspective différente: "Sans faire injure à son excellente saison avec Gottéron, Berra est en retrait par rapport aux deux autres. Genoni a davantage brillé au plus haut niveau ces deux dernières années."
Le Canada, éternel favori
L'analyse des dix derniers tournois internationaux avec participation complète de la NHL révèle la domination canadienne: sept victoires depuis la Canada Cup 1991. Sidney Crosby, déjà double champion olympique, incarne cette tradition de réussite.
"Les Canadiens ont la capacité de se sublimer lors des moments-clés", observe Du Bois. "Mais attention aux États-Unis, qui montent en puissance ces dernières années."
Keller confirme cette hiérarchie: "Le Canada a une équipe extraordinaire. S'il faut vraiment lui trouver un point faible, ce serait les gardiens. Mais cette machine se mettra gentiment en route et risque bien de gagner l'or."
L'ambition helvétique
Pour la Suisse, qui n'a jamais dépassé les quarts de finale olympiques au XXIe siècle, contrairement à ses quatre finales mondiales, l'objectif reste pragmatique. Une médaille de bronze constituerait "un exploit extraordinaire" selon Keller.
Cette approche réaliste s'inscrit dans la tradition helvétique de préparation méticuleuse et d'ambition mesurée. Face aux "dream teams" adverses, la Nati devra compter sur sa cohésion et sa capacité à élever son niveau lors des moments décisifs.
Le tournoi olympique, qui débute jeudi contre la France, offrira un test grandeur nature pour une génération suisse qui a prouvé sa valeur sur la scène mondiale, mais qui doit désormais confirmer face à l'élite planétaire au complet.