Genève: le Conseil d'Etat esquive les réformes du rapport Zuin
Le Conseil d'Etat genevois a dévoilé mercredi une première sélection des mesures d'économies issues du rapport Zuin. L'exécutif écarte purement les réformes structurelles les plus audacieuses, préférant préserver son confort politique au détriment de l'efficacité budgétaire. La cure d'austérité complète est reportée à septembre 2026.
Quelles réformes le Conseil d'Etat genevois a-t-il rejetées?
Sur les 58 pistes d'économies formulées par le groupe d'experts dirigé par l'ex-président de la Cour des comptes Stanislas Zuin, 17 ont d'ores et déjà été sacrifiées sur l'autel de l'acceptabilité politique. L'exécutif a évalué ces propositions selon quatre critères: l'impact financier réel, la faisabilité, la qualité des prestations publiques et l'acceptabilité politique. C'est précisément ce dernier critère qui permet de balayer les mesures qui fâchent.
Le gouvernement refuse ainsi de réduire le nombre de ses membres de sept à cinq. Une comparaison intercantonale serait censée justifier ce maintien, arguant que la charge de travail le requiert. Un argument commode pour préserver les prérogatives du pouvoir.
L'augmentation du temps de travail des fonctionnaires à 41h30 subit le même sort. Le Conseil d'Etat lui préfère les chantiers en cours du projet G'Evolue, lancé en 2022, pour réformer l'évaluation et les rémunérations. Une temporisation de plus sous couvert de méthode.
La conseillère d'Etat Nathalie Fontanet a également repoussé l'idée de supprimer la gratuité des TPG pour les moins de 25 ans et les retraités. Cette mesure a pourtant coûté 43 millions de francs l'an dernier.
Il serait assez petit de notre part de la remettre en question,a-t-elle justifié face à la presse. Traduction: une dépense publique, une fois acquise, devient un droit intouchable, peu importe son poids sur les finances publiques.
Financement des TPG: le transfert financier vers les communes
En revanche, le gouvernement approuve le transfert d'une partie du financement des transports publics vers les communes. Ces dernières devront participer à hauteur de 20% d'ici 2027 ou 2028, en échange d'un siège renforcé au conseil d'administration des TPG. Le conseiller d'Etat Pierre Maudet a admis que les municipalités n'étaient pas emballées. Cette manœuvre permet à l'Etat d'économiser des dizaines de millions de francs annuels en déléguant la facture fiscale à l'échelon local.
L'objectif de 500 millions d'économies est-il maintenu?
L'objectif affiché reste l'équilibre budgétaire avec 500 millions de francs d'économies par an. Nathalie Fontanet réfute toute volonté de temporisation, malgré des semaines de mobilisation syndicale.
Je ne suis pas sûre que les annonces d'aujourd'hui soient de nature à rassurerles syndicats, a-t-elle concédé. Le Conseil d'Etat se refuse à des coupes linéaires aveugles, martelant que l'augmentation des charges doit être absolument limitée. Le plan complet sera dévoilé en septembre 2026, lors du projet de budget 2027. L'administration doit encore préciser l'opérationnalité des mesures retenues.
La riposte syndicale: un contre-rapport Zuin pour les recettes
Du côté de la société civile, le Syndicat des services publics (SSP) change de stratégie. Sa secrétaire syndicale, Mathilde Mottet, exige désormais un contre-rapport Zuin. L'objectif est de constituer un groupe de travail pour identifier 500 millions de francs de recettes fiscales supplémentaires.
Ce n'est pas admissible que le groupe de travail présente seulement des baisses de charges et refuse d'accepter que si on en est là, c'est aussi et surtout parce que le Conseil d'Etat a fait passer des baisses d'impôts qui ont diminué les recettes,fustige Mathilde Mottet.
Le SSP réclame également une actualisation des prévisions fiscales pour 2026 et appelle à manifester jeudi prochain. Le débat démocratique s'oriente désormais vers un affrontement classique entre la compression des dépenses publiques et l'augmentation de la pression fiscale.
Pourquoi le Conseil d'Etat refuse-t-il de réduire son nombre de membres?
Le Conseil d'Etat genevois estime que ses responsabilités nécessitent le maintien de sept membres, se justifiant par une comparaison intercantonale. Le critère d'acceptabilité politique a également pesé contre cette réforme structurelle.
Quand le plan d'économies complet sera-t-il annoncé?
Le Conseil d'Etat prévoit de dévoiler la totalité de son plan d'économies en septembre 2026, au moment de la présentation du projet de budget 2027.
Que demande le SSP face aux mesures d'austérité?
Le Syndicat des services publics (SSP) demande la création d'un contre-rapport Zuin pour trouver 500 millions de francs de recettes fiscales supplémentaires, arguant que le déficit est aussi lié à d'anciennes baisses d'impôts décidées par le gouvernement.