Daniel Bloch: «L'incertitude frappe l'industrie suisse»
Le patron de Camille Bloch livre une analyse mesurée des défis économiques et géopolitiques qui ont marqué 2025, entre droits de douane américains et instabilité mondiale.
L'année 2025 restera dans les annales comme une période d'incertitude majeure pour l'économie suisse. Conflits armés, protectionnisme commercial américain, remise en cause du multilatéralisme: autant de facteurs qui ont pesé sur les entreprises helvétiques. Daniel Bloch, directeur de la chocolaterie Camille Bloch dans le Jura bernois, dresse un bilan nuancé de cette année tumultueuse.
Les droits de douane américains: un compromis difficile
Interrogé sur les droits de douane imposés par Donald Trump, d'abord fixés à 39% puis réduits à 15%, Daniel Bloch refuse d'y voir une victoire. «Je ne considérerais pas cela comme une victoire du tout. Nous avons trouvé un modus vivendi pour maintenir les places de travail en Suisse», explique-t-il. Cette mesure unilatérale américaine a contraint la Confédération à revoir ses stratégies commerciales.
Le chef d'entreprise jurassien porte un regard critique mais mesuré sur l'action gouvernementale: «Le Conseil fédéral était toujours conscient de l'importance de l'enjeu, avec une volonté de bien faire. Peut-être a-t-il affiché un optimisme un peu déplacé au départ». Cette analyse souligne les difficultés d'adaptation du système politique suisse face à la diplomatie américaine.
Un choc culturel dans les négociations
Daniel Bloch met en lumière les différences fondamentales entre les approches suisse et américaine: «Chez nous, les décisions sont collégiales et suivent un processus clair. Là-bas, un seul homme peut tout changer, à n'importe quel moment». Cette observation illustre les défis auxquels font face les démocraties consensuelles face aux régimes présidentiels.
L'entrepreneur bernois qualifie la stratégie trumpienne d'«inamicale», rappelant que la Suisse était «habitée au fair-play» dans ses relations commerciales internationales. Cette rupture du multilatéralisme commercial pose des questions fondamentales sur l'avenir des échanges économiques.
Une vision alternative de la croissance
Critique de longue date de la croissance à tout prix, Daniel Bloch défend une approche plus qualitative du développement économique. «Je ne suis pas contre la croissance, mais il ne faut pas le faire n'importe comment et rester fidèle à soi-même», précise-t-il.
Cette philosophie se traduit concrètement chez Camille Bloch: malgré une baisse des volumes en 2025, l'entreprise investit dans un nouveau rôtisseur pour maintenir sa production locale. «C'est cela, une croissance saine: investir pour le futur en adéquation avec ses valeurs», souligne le dirigeant.
Géopolitique et neutralité suisse
Sur le conflit ukrainien, Daniel Bloch adopte une position pragmatique conforme à la tradition helvétique: «Si les parties le demandent, nous devons être prêts à le faire. Mais j'estime que nous n'avons aucune influence». Cette lucidité sur les limites du pouvoir suisse reflète un réalisme géopolitique assumé.
Concernant le conflit au Proche-Orient, l'entrepreneur dénonce la polarisation: «Deux camps se sont créés qui voudraient que l'on soit dans l'équipe A ou dans l'équipe B. C'est dangereux». Cette analyse rejoint les préoccupations traditionnelles suisses sur la préservation du dialogue.
Soutien à la production locale
Daniel Bloch plaide pour une intervention étatique mesurée en faveur de la production locale, particulièrement face à la concurrence déloyale. «Quand il y a des désavantages concurrentiels injustes, il faut agir», affirme-t-il, rappelant que sa demande de soutien pour la filière chocolatière avait été refusée par la Confédération.
L'élection de Guy Parmelin à la présidence de la Confédération avec un score record suscite l'approbation du chocolatier: «Il représente bien ce que les Suisses attendent d'un politicien», analyse-t-il, saluant son sérieux et sa connaissance des dossiers.
Perspectives pour 2026
Malgré l'incertitude persistante, Daniel Bloch cultive un optimisme mesuré: «L'espoir est une ressource importante. Il faut toujours espérer le meilleur, même s'il faut être prêt à ce que les choses ne se passent pas comme souhaité».
Cette philosophie pragmatique, alliant réalisme et détermination, illustre parfaitement l'état d'esprit des entrepreneurs suisses face aux défis contemporains. Dans un contexte géopolitique instable, la capacité d'adaptation et la fidélité aux valeurs fondamentales demeurent les clés de la résilience économique helvétique.