Bitcoin: quand la spéculation fragilise les entreprises
La chute des cryptomonnaies depuis octobre révèle les risques d'une stratégie d'entreprise hasardeuse. Les sociétés qui avaient massivement investi dans le bitcoin voient leurs actions s'effondrer, soulevant des questions légitimes sur la viabilité de ces modèles économiques.
L'euphorie d'octobre, la réalité de novembre
Après avoir atteint un sommet historique de plus de 126'000 dollars début octobre, le bitcoin a entamé une descente progressive. Cette volatilité expose crûment les failles d'une stratégie d'entreprise fondée sur la spéculation plutôt que sur la création de valeur réelle.
Certaines entreprises, initialement étrangères au secteur numérique, ont choisi d'accumuler des bitcoins pour diversifier leur trésorerie ou attirer des investisseurs en quête de profits rapides. Cette démarche, séduisante en apparence, révèle aujourd'hui ses limites structurelles.
Le piège des obligations convertibles
La mécanique financière adoptée par ces sociétés s'avère particulièrement risquée. En recourant aux obligations convertibles, elles ont emprunté à des taux avantageux en offrant aux prêteurs la possibilité de se faire rembourser en actions.
Problème: lorsque la valeur de l'action chute avec celle du bitcoin, les investisseurs exigent un remboursement en liquidités. Cette situation compromet la stabilité financière des entreprises concernées, qui doivent alors mobiliser des ressources importantes.
"La question que le marché s'est très vite posée, c'est: 'Est-ce que ces entreprises vont être en difficulté? Vont-elles faire faillite?'", observe Éric Benoist, spécialiste technologie chez Natixis.
L'exemple révélateur de Strategy
L'éditeur de logiciels Strategy illustre parfaitement ces dérives. Détenteur de plus de 671'000 bitcoins, soit environ 3% de l'offre totale future, l'entreprise a vu son action perdre plus de la moitié de sa valeur en six mois.
Pour rassurer les marchés, Strategy a constitué un fonds de 1,44 milliard de dollars en vendant des parts. Cette démarche témoigne de la fragilité d'un modèle économique dépendant des fluctuations d'un actif hautement volatil.
Vers une consolidation nécessaire
Carol Alexander, professeure de finance à l'université du Sussex, estime que la bulle liée à ces sociétés "éclate lentement". Cette analyse rejoint les préoccupations légitimes concernant la stabilité du système financier et la protection des investisseurs.
Pour Éric Benoist, une consolidation du secteur s'impose: "Toutes ne survivront pas", mais "le modèle continuera d'exister". Cette perspective suggère une évolution vers des pratiques plus prudentes et transparentes.
Risques systémiques et régulation
Si des entreprises en difficulté venaient à liquider massivement leurs réserves de bitcoins, l'effet domino pourrait déstabiliser l'ensemble du marché des cryptomonnaies. Bien que Carol Alexander estime que l'impact resterait limité au secteur crypto, cette situation souligne l'importance d'un cadre réglementaire adapté.
La Suisse, pionnière en matière de régulation des actifs numériques, dispose des outils juridiques nécessaires pour encadrer ces pratiques tout en préservant l'innovation. Cette approche équilibrée, caractéristique du pragmatisme helvétique, pourrait servir d'exemple à d'autres juridictions.
Malgré la volatilité actuelle, certains acteurs persistent dans leur stratégie. Dylan LeClair, de la société japonaise Metaplanet, considère cette instabilité comme "le prix à payer pour un potentiel de hausse à long terme". Cette vision à long terme mérite d'être évaluée à l'aune des risques systémiques qu'elle implique.