Les investissements suisses dans l'écosystème de l'ICE soulèvent des questions éthiques
L'administration Trump ayant considérablement renforcé les moyens de la police américaine de l'immigration (ICE), avec un budget annuel de 85 milliards de dollars, plusieurs établissements financiers suisses se retrouvent indirectement impliqués dans ce secteur controversé.
Des participations significatives dans les prisons privées
Selon une étude de l'ONG Break Free, UBS détient plus de 50 millions de dollars d'actions dans GEO Group, représentant près de 3% du capital de ce principal opérateur de prisons privées et de centres de détention pour migrants. Pour CoreCivic, son concurrent direct, l'exposition atteint 8 millions de dollars.
La Banque nationale suisse figure également parmi les investisseurs avec 5,5 millions de dollars dans GEO Group, bien qu'elle ait cédé ses parts dans CoreCivic il y a environ un an. D'autres établissements helvétiques sont concernés, notamment la Banque cantonale de Zurich et Pictet, avec des montants plus modestes.
Des entreprises sous le feu des critiques
Ces sociétés font l'objet d'accusations répétées de violations des droits de l'homme, notamment concernant le travail forcé non rémunéré des détenus et les restrictions d'accès aux visites familiales ou juridiques. Ces pratiques ont conduit certaines banques américaines, dont JP Morgan, à cesser tout financement de ces groupes dès 2019.
Une médiation OCDE refusée
En janvier 2024, plusieurs ONG ont saisi l'OCDE d'une demande de médiation visant UBS et la BNS, estimant que ces institutions n'avaient pas utilisé leur influence d'actionnaires pour faire cesser les violations présumées.
Les deux établissements ont décliné la médiation, la BNS invoquant son statut d'institution publique, UBS mettant en avant le caractère passif de ces investissements. En octobre dernier, le point de contact suisse de l'OCDE a recommandé à UBS de vérifier la compatibilité de ces participations avec sa charte d'entreprise.
Position des banques suisses
Contactées, les banques suisses soulignent unanimement qu'il s'agit d'investissements passifs effectués par leurs clients, notamment via des fonds indiciels qui reproduisent mécaniquement la composition d'indices boursiers. Elles se défendent ainsi de tout choix délibéré d'investissement dans ces secteurs controversés.
La BNS n'a pas souhaité commenter ces informations, laissant ouverte la question d'une éventuelle cession récente de ses parts dans GEO Group, à l'instar de sa sortie de CoreCivic.
Cette situation illustre les défis croissants auxquels font face les institutions financières suisses en matière d'investissement responsable, particulièrement dans un contexte géopolitique tendu où les questions éthiques prennent une dimension nouvelle.