Les investissements controversés des banques suisses dans l'industrie pénitentiaire américaine
L'expansion du budget de la police de l'immigration américaine (ICE) sous l'administration Trump soulève des questions sur l'implication financière d'institutions suisses dans un secteur accusé de violations des droits de l'homme.
Un secteur en pleine expansion financière
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, l'ICE dispose d'un budget annuel de 85 milliards de dollars, devenant ainsi l'agence de maintien de l'ordre la mieux dotée des États-Unis. Cette expansion profite directement aux entreprises gravitant autour de cette administration, notamment les opérateurs de prisons privées.
Les deux principaux acteurs du secteur, GEO Group et CoreCivic, gèrent des centres de détention pour migrants et proposent des services de localisation d'immigrants. Ces entreprises font l'objet d'accusations persistantes concernant le travail forcé des détenus, la restriction des visites familiales et l'entrave à l'accès aux conseils juridiques.
L'exposition des institutions financières suisses
Une recherche menée par l'ONG Break Free révèle l'implication significative d'institutions helvétiques dans ce secteur controversé. UBS détient plus de 50 millions de dollars d'actions de GEO Group, représentant près de 3% du capital de l'entreprise, ainsi que 8 millions de dollars dans CoreCivic.
La Banque nationale suisse possède 5,5 millions de dollars d'actions de GEO Group, après avoir cédé ses parts dans CoreCivic il y a environ une année. D'autres établissements sont également concernés : la Banque cantonale de Zurich (900 000 dollars au total) et Pictet (570 000 dollars).
Une procédure de médiation internationale
En janvier 2024, plusieurs ONG ont saisi l'OCDE d'une demande de médiation visant UBS, la BNS et deux banques britanniques. Ces organisations estimaient que les institutions suisses avaient manqué à leurs obligations en matière de conduite responsable des entreprises.
La réaction des banques suisses fut unanime : refus de la médiation. La BNS a invoqué son statut d'institution publique pour échapper à cet arbitrage, tandis qu'UBS a mis en avant le caractère passif de ses investissements.
Le point de contact suisse pour une conduite responsable des entreprises a néanmoins recommandé en octobre dernier à UBS de vérifier la compatibilité de ces investissements avec sa charte d'entreprise.
La défense des investissements passifs
Face aux critiques, les établissements bancaires suisses adoptent une ligne de défense similaire. UBS, Pictet et la Banque cantonale de Zurich soulignent que ces investissements émanent de leurs clients, non de leurs propres décisions stratégiques.
Cette argumentation repose sur la nature passive de ces placements, intégrés dans des fonds reproduisant intégralement des indices boursiers. Une position qui soulève néanmoins des questions sur la responsabilité fiduciaire des institutions financières dans un contexte de gouvernance d'entreprise responsable.
Cette situation illustre les défis auxquels font face les institutions financières suisses pour concilier performance économique et exigences éthiques, particulièrement dans un environnement géopolitique complexe où les standards de droits de l'homme varient selon les juridictions.