Venezuela : une amnistie historique sous pression américaine
La présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodriguez, a promulgué jeudi une loi d'amnistie historique, moins de deux mois après la capture du président Nicolas Maduro lors d'une opération militaire américaine le 3 janvier. Cette décision, prise sous la pression de Washington, marque un tournant majeur dans l'évolution politique du pays sud-américain.
Une adoption unanime mais limitée dans sa portée
L'Assemblée nationale vénézuélienne a adopté à l'unanimité ce texte remis par Jorge Rodriguez, frère de la présidente par intérim et président de l'Assemblée. L'annonce a été suivie d'applaudissements retenus, témoignant davantage d'un soulagement que d'une véritable joie.
Toutefois, cette amnistie reste limitée dans sa portée. Elle ne couvre que 13 périodes précises liées aux manifestations et à la répression, alors que l'opposition espérait une couverture complète de la période 1999-2026, englobant les présidences de feu Hugo Chavez et de Nicolas Maduro.
Des exclusions significatives qui interrogent
Le texte exclut explicitement les personnes ayant commis des "violations graves des droits de l'homme, crimes contre l'humanité et crimes de guerre", ainsi que les homicides, le trafic de drogue et les infractions liées à la corruption. Plus controversé encore, sont également exclues les personnes ayant "promu, instigué ou financé" des actions armées contre le Venezuela.
Cette dernière disposition pourrait concerner de nombreux membres de l'opposition, notamment Maria Corina Machado, prix Nobel de la Paix, qui a soutenu l'intervention américaine du 3 janvier.
Un impact concret mais insuffisant
Selon l'ONG Foro Penal, qui défend les prisonniers politiques, environ 450 détenus politiques ont été libérés, mais plus de 600 demeurent incarcérés. La loi prévoit que les exilés pourront mandater des représentants devant la justice et garantit qu'après le dépôt d'une demande d'amnistie, la personne ne pourra être privée de liberté pour les faits couverts.
"Il faut savoir demander pardon et aussi savoir recevoir le pardon", a déclaré Delcy Rodriguez lors de la promulgation au Palais présidentiel de Caracas, affirmant que cette mesure "ouvre de nouvelles voies pour la politique au Venezuela".
Une pression internationale persistante
Le débat parlementaire est intervenu au lendemain de la visite à Caracas du général Francis Donovan, chef du commandement militaire américain pour l'Amérique latine (Southcom), soulignant la dimension géopolitique de cette amnistie.
Cette loi d'amnistie, bien qu'historique, illustre les limites des transitions politiques sous contrainte externe. Elle pose des questions fondamentales sur l'équilibre entre réconciliation nationale et justice, dans un contexte où l'influence américaine redéfinit les rapports de force régionaux.