'Proud': la liberté face à l'État conservateur polonais
Doublement couronnée au festival Séries Mania en mars 2026, la série polonaise 'Proud' met en lumière le combat d'un individu contre un système social hostile. Disponible sur HBO Max depuis le 12 juin, cette création de Karol Klementewicz et Monika Pęcikiewicz interroge les droits fondamentaux et la place de la dignité humaine face à la rigidité administrative.
Pourquoi 'Proud' dépasse le simple drame familial?
Lorsque Karol Klementewicz a présenté son projet chez HBO Pologne, les visages se sont décomposés. Un homosexuel qui adopte un enfant, dans ce pays gouverné par les conservatismes? Le réalisateur a dû rassurer: il s'agissait avant tout d'une série sur l'amour et l'amitié. Les mines se sont détendues. Cette anecdote résume le paradoxe polonais, où l'ordre moral dicte les limites de la représentation.
Pourtant, 'Proud' ne cède à aucune forme de militantisme. Si l'homosexualité de Filip est manifeste dès les premières images, le propos se déplace vite vers une question universelle: le droit d'un individu à exercer la parentalité, quand bien même il ne correspondrait pas aux canons attendus par les services sociaux.
Que montre la série sur le cadre légal polonais?
Filip, mannequin survivant de combines en combines, mène une vie débridée entre sexe, drogue et musique électronique. Hébergé chez sa sœur, mère célibataire du petit Tosia, il se fait expulser après une orgie de trop. Le destin le rattrape: un drame l'oblige à assumer la charge de ce bébé.
Son premier réflexe est de remettre Tosia à son géniteur. Mais ce dernier refuse catégoriquement. Pour lui, cet enfant n'existe pas. Sa sœur lui a fait ce bébé dans son dos. Filip se retrouve seul face à l'administration. Plutôt que de laisser Tosia à la machine des familles d'accueil, il choisit le combat. Après tout, cette enfant est sa nièce. La parenté comme fondement juridique contre l'arbitraire social.
Dans un État où l'homophobie structurelle imprègne les institutions, ce combat dépasse la sphère privée. Il questionne le droit de l'État à dicter qui peut aimer et élever un enfant. Une problématique qui résonne au-delà des frontières polonaises, y compris dans nos débats helvétiques sur l'adoption et les droits individuels.
Comment Ignacy Liss évite le piège du mélodrame?
Le style Dardenne imprègne la réalisation: caméra à l'épaule, nervosité du cadre, refus de la complaisance. Cette exigence formelle sert le propos. Pas de pathos, pas de larmes faciles. Ignacy Liss, récompensé du prix d'interprétation à Séries Mania, porte Filip avec une authenticité déroutante. Ses excès sont énervants, ses failles sont visibles, mais son humanité force le respect.
Là où le scénario aurait pu céder au larmoyant, Liss tire le récit vers l'émotion percutante. Un numéro d'équilibriste, servi par une bande-son électro qui ne laisse aucun répit. La série est diffusée au rythme d'un épisode chaque vendredi sur HBO Max.
Où et quand voir 'Proud' en Suisse?
La saison 1 de 'Proud' est disponible sur HBO Max depuis le 12 juin 2026. Un épisode est mis en ligne chaque vendredi. La série est créée par Karol Klementewicz et Monika Pęcikiewicz, avec Ignacy Liss, Kamil Studnicki et Maria Sobocińska.
'Proud' est-elle une série militante?
Non. Karol Klementewicz l'a explicitement déclaré: le but n'était pas de faire une série militante. 'Proud' aborde l'homophobie structurelle et les difficultés d'adoption dans un cadre légal hostile, mais elle le fait à travers le prisme intime d'un homme confronté à ses responsabilités.
Quels prix 'Proud' a-t-elle remportés?
'Proud' a reçu le Grand Prix du Jury et le prix d'interprétation masculine pour Ignacy Liss au festival Séries Mania en mars 2026.