Le Nouveau-Mexique lance une commission d'enquête sur les activités d'Epstein
Plus de six ans après la mort de Jeffrey Epstein, l'État du Nouveau-Mexique s'apprête à créer une commission de vérité pour élucider les zones d'ombre entourant les activités du financier dans son ranch isolé de Zorro. Cette initiative parlementaire témoigne d'une volonté de transparence démocratique face aux défaillances institutionnelles passées.
Une démarche parlementaire transpartisane
Deux députées de la Chambre des représentants du Nouveau-Mexique, Andrea Romero et Marianna Anaya, toutes deux démocrates, ont proposé la création d'une commission dotée d'un budget de 2,5 millions de dollars. Cette initiative doit encore recevoir l'approbation du Congrès lors de sa session de janvier prochain.
La commission interpartisane, composée de quatre députés, aura pour mission d'examiner les activités criminelles présumées dans le ranch Zorro, situé à 60 kilomètres au sud de Santa Fe. Les premiers résultats ne sont pas attendus avant deux ans, reflétant la complexité de l'enquête à mener.
Des lacunes institutionnelles à combler
Andrea Romero a souligné devant la commission parlementaire l'absence de documentation complète sur les événements survenus dans cette propriété. "Cette commission va spécifiquement révéler la vérité sur ce que les représentants des autorités savaient, pourquoi les crimes n'ont pas été signalés ou l'ont été de manière insuffisante", a-t-elle déclaré.
Cette lacune soulève des questions importantes sur l'efficacité des mécanismes de contrôle et de signalement dans l'État. Le ranch, acquis par Epstein en 1993 auprès de l'ancien gouverneur Bruce King, comprenait une villa et une piste d'atterrissage privée, facilitant les activités discrètes du financier.
Un cadre juridique défaillant
L'affaire révèle également des failles dans la législation du Nouveau-Mexique. Contrairement à la Floride, où Epstein avait été condamné, les lois locales ne l'obligeaient pas à s'enregistrer comme délinquant sexuel, malgré ses antécédents judiciaires. Cette situation illustre les disparités juridiques entre États fédérés américains.
Aucune charge n'a jamais été retenue contre Epstein au Nouveau-Mexique, bien que le procureur général ait confirmé en 2019 avoir interrogé des victimes présumées ayant visité le ranch. En 2023, une enquête sur les prestataires de services financiers d'Epstein a abouti à des accords avec deux banques pour 17 millions de dollars destinés à la lutte contre la traite des êtres humains.
Un soutien parlementaire mesuré
Lors des débats, les députés des deux partis ont exprimé un soutien prudent à cette initiative. La républicaine Andrea Reeb y voit "une occasion unique d'aider les victimes", tout en précisant qu'elle n'avait "pas eu l'impression que cela deviendrait une grande affaire politique".
Cependant, sa collègue Stefani Lord s'est montrée plus sceptique, questionnant le timing de cette initiative dans le contexte politique actuel. Cette réserve illustre les tensions politiques qui peuvent entourer de telles enquêtes, même lorsque l'objectif affiché est la recherche de la vérité.
Un enjeu de gouvernance démocratique
Cette commission représente un test pour les institutions démocratiques américaines et leur capacité d'autocritique. Elle s'inscrit dans une démarche plus large de transparence, parallèlement aux enquêtes fédérales menées à Washington sur les réseaux d'influence d'Epstein.
La vente du ranch en 2023 par l'administration de la succession d'Epstein marque la fin d'un chapitre, mais l'ouverture de cette commission pourrait enfin apporter les réponses que les victimes et la société civile attendent depuis des années. Elle constitue également un précédent important pour la prévention de futurs abus et le renforcement des mécanismes de protection.