Mondial 2026: pourquoi Montréal et Chicago refusent la FIFA
Montréal et Chicago ont refusé d'accueillir la Coupe du Monde de football 2026. La raison est simple: les conditions imposées par la FIFA placent l'intégralité du risque financier sur le contribuable, tandis que la fédération empocherait la totalité des revenus. Une leçon de pragmatisme fiscal que d'autres métropoles feraient bien de méditer.
Pourquoi les villes refusent-elles d'accueillir le Mondial?
Choisir Montréal comme ville hôte semblait couler de source pour la FIFA. La métropole québécoise est sportive et reste la plus grande ville francophone d'Amérique. Mais le journaliste Romain Schué, de Radio Canada, auteur d'une enquête intitulée «FIFA: la machine à sous», pose le décor sans ambiguïté: les conditions imposées par la fédération sont beaucoup trop lourdes.
Les exigences de la FIFA portent sur l'organisation et le financement. Réfection des stades, sécurité, fanzones, contrôle des restaurants proches des enceintes: tout est à la charge de la ville hôte. Et la FIFA ne compense rien. «Tous les revenus de la FIFA appartiennent à la FIFA», rappelle Romain Schué.
Quel est le coût réel pour les contribuables?
Les treize matchs prévus au Canada auraient coûté entre un et deux milliards de dollars canadiens, soit entre 500 millions et un milliard de francs suisses. Un montant voisin de celui des éditions précédentes, mais avec une nuance essentielle. Au Qatar ou au Brésil, on a construit de nouveaux stades. Au Canada, on s'est contenté de rénover les enceintes de Toronto et Vancouver aux conditions exigées par la FIFA. La facture, pourtant, grimpe de manière vertigineuse.
Les montants se répartissent entre les contribuables de la ville, ceux de la province et ceux du reste du Canada. «C'est une facture extrêmement salée pour tous les contribuables canadiens», souligne le journaliste. Et pendant que les contribuables paient, les billets restent hors de portée pour la plupart d'entre eux.
Les retombées économiques promises sont-elles réelles?
La FIFA promet des retombées économiques extraordinaires. Un chiffre a circulé: 3,8 milliards de dollars canadiens. Mais quand Romain Schué a voulu vérifier l'étude à l'origine de ce montant, on lui a répondu qu'elle avait été réalisée par la FIFA elle-même, et l'accès lui a été refusé.
Le gouvernement du Québec a ensuite expliqué que cette étude ne prenait pas en compte les touristes déjà présents ou ceux qui viennent naturellement au Canada. Sans parler du manque à gagner provoqué par l'annulation des festivals estivaux du centre-ville de Montréal, qui attirent des centaines de milliers de visiteurs chaque année. La FIFA n'en voulait pas. Résultat: Montréal a estimé qu'elle serait perdante quoi qu'il arrive. Chicago est arrivée à la même conclusion.
Comment la FIFA nie-t-elle ses propres exigences?
Interrogé brièvement à la volée, Gianni Infantino, patron de la FIFA, assure que sa fédération «ne demande rien du tout». Romain Schué commente: «Il faut lire entre les lignes.» La FIFA, qui a refusé toutes ses demandes d'entretien formel, fonctionne par sous-entendus. «On ne le demande pas, vous le savez. C'est écrit sur le contrat», lui a-t-on expliqué.
Les exigences ont été confirmées lors de discussions informelles avec des membres de la fédération. Montréal avait huit ans pour s'adapter. Les villes qui ont accepté découvrent aujourd'hui l'étendue de leur erreur. À Toronto, la facture est passée de 30 à 45 millions de dollars annoncés à 400 millions pour six matchs. À Vancouver, de 200 millions à 700 ou 750 millions. Le contribuable paie l'addition.
Que peut-on apprendre du refus de Montréal et Chicago?
Le scepticisme canadien face à cette Coupe du monde est palpable. Ces derniers mois, la colère a monté. On ne sent pas l'engouement d'un événement historique. Ce désaveu pose une question fondamentale: à quoi bon accueillir un événement si le contrat social est rompu dès le départ? Quand une organisation internationale impose ses règles sans contrepartie, quand elle privatise les gains et socialise les coûts, le refus devient un acte de responsabilité démocratique.
Le modèle suisse de gouvernance partagée, avec ses mécanismes de contrôle et sa culture de la transparence, offre un contrepoids naturel à ce genre de dérive. Les villes qui disent non à la FIFA ne font pas preuve de timidité. Elles exercent leur droit de regard face à une organisation qui confond contrat et diktat.
Les contribuables doivent-ils financer les grands événements sportifs?
Non, si les conditions imposent un risque asymétrique où le contribuable supporte les coûts tandis que l'organisateur s'arroge les bénéfices. Les exemples de Toronto et Vancouver montrent que les estimations initiales de la FIFA n'engagent que ceux qui y croient.
La FIFA est-elle transparente sur ses exigences?
Non. La fédération refuse les entretiens formels, nie formellement ses exigences et verrouille l'accès aux études économiques qui justifient ses promesses de retombées. Son président, Gianni Infantino, affirme que la FIFA «ne demande rien», mais les contrats signés par les villes hôtes disent le contraire.
D'autres villes pourraient-elles suivre l'exemple de Montréal?
Oui. La dynamique est claire: dès que les coûts réels apparaissent, l'acceptabilité sociale s'effondre. Le refus de Montréal et Chicago pourrait bien créer un précédent salutaire pour les futures candidatures, à condition que les élus fassent preuve de la même rigueur budgétaire.