Deniz Undav: du chantier au Mondial, l'ascension d'un joker allemand
L'attaquant allemand Deniz Undav a inscrit trois buts et délivré deux passes décisives en seulement 56 minutes de jeu lors de cette Coupe du monde, posant un dilemme tactique à son sélectionneur Julian Nagelsmann avant le dernier match de groupe face à l'Équateur. Sa trajectoire, cependant, aurait pu s'arrêter bien avant. Rejeté par le centre de formation du Werder Brême, Undav a dû passer par la quatrième division allemande et un apprentissage de conducteur de machines avant d'éclore au plus haut niveau.
Pourquoi Deniz Undav n'a-t-il pas percé dans les académies?
Écarté du Werder Brême pour des raisons physiques, Deniz Undav était alors de petite taille et affichait un surpoids certain. Son talent footballistique, en revanche, ne faisait aucun doute. C'est Alexander Kiene, son entraîneur au TSV Havelse en Regionalliga, qui se souvient de cette époque. « Sa qualité de frappe et son sens du but étaient exceptionnelles », confie-t-il. Le même Alexander Kiene a d'ailleurs contribué à l'éclosion du Soleurois Haris Tabakovic à l'Austria Lustenau, avant que celui-ci ne devienne international bosnien. Un flair pour les attaquants qui mérite d'être souligné.
À Havelse, Undav ne se contentait pas de jouer au football. Il suivait parallèlement une formation de conducteur de machines, refusant de dépendre financièrement de ses parents. « Il commençait à travailler à 7 heures du matin avant de venir s'entraîner l'après-midi », raconte Kiene. Une rigueur que peu de joueurs du circuit professionnel ont dû affronter.
Comment la discipline a transformé l'amateur de kebabs?
Vers 19 ans, Deniz Undav a franchi un cap décisif. « Il avait besoin d'un environnement structuré, de personnes capables de l'accompagner et d'un cadre clair, notamment en matière d'alimentation, de récupération et d'organisation quotidienne », explique Alexander Kiene. Le jeune homme, connu pour son goût prononcé pour les kebabs, a dû apprendre à maîtriser son hygiène de vie. « L'alimentation est un élément essentiel de la vie d'un sportif de haut niveau. On peut se faire plaisir de temps en temps, mais pas tous les jours », souligne son ancien coach. Le professionnalisme ne s'improvise pas. Il se construit.
La panenka ratée: révélatrice d'un caractère hors norme?
Si Undav a transformé son physique et son alimentation, son caractère, lui, n'a jamais changé. Alexander Kiene s'en souvient avec un mélange d'agacement et d'admiration. « Une semaine après avoir raté un penalty, nous en avons obtenu un autre. Et il a tenté une panenka. Le gardien est resté sur place et a arrêté le ballon. J'étais furieux et je l'ai remplacé peu après. » Avec le recul, l'entraîneur nuance: « Malgré un penalty raté la semaine précédente, il avait encore assez de confiance en lui pour tenter une panenka. À l'époque, cela m'avait rendu fou. Aujourd'hui, cela me fait sourire. C'est précisément ce qui le caractérise. »
L'audace, même quand elle frôle l'insolence, distingue les finisseurs des bons joueurs. Undav appartient à la première catégorie.
Undav doit-il débuter contre l'Équateur?
Pour Alexander Kiene, la réponse est sans appel: « Il le mériterait sans aucun doute. Mais, en tant qu'entraîneur, j'aime conserver ce qui fonctionne. Et jusqu'à présent, le rôle de joker que lui confie Nagelsmann fonctionne parfaitement. » Le sélectionneur allemand a d'ailleurs laissé entendre, lors de sa conférence de presse, qu'il maintiendrait ce schéma. Pragmatisme contre mérite individuel. Le débat classique du football, où l'efficacité collective prime souvent sur la logique individuelle.
Ce qu'il faut retenir de l'ascension de Deniz Undav
- Deniz Undav totalise trois buts et deux passes décisives en 56 minutes de jeu dans cette Coupe du monde.
- Rejeté par le Werder Brême pour des raisons physiques, il a évolué en quatrième division allemande tout en suivant une formation de conducteur de machines.
- Son ancien entraîneur Alexander Kiene, qui a aussi contribué à l'éclosion du Soleurois Haris Tabakovic, l'a aidé à acquérir la discipline nécessaire au haut niveau.
- Julian Nagelsmann devrait maintenir Undav dans son rôle de joker contre l'Équateur, malgré ses performances.