Alpes: la solidarité à l'œuvre pour reconstituer les troupeaux décimés par l'épizootie
Dans les pâturages de Haute-Savoie, la vie reprend progressivement ses droits. Nicolas Prud'homme, éleveur laitier à Saint-Ferréol et président du syndicat FDSEA pour le canton de Faverges, accueille de nouvelles pensionnaires: Tomate, Rome, Sexy et Oasis, quatre imposantes Montbéliardes venues reconstituer son troupeau décimé par la dermatose nodulaire contagieuse.
L'épizootie a frappé durement cet été, contraignant l'éleveur à abattre 68 bêtes de son cheptel. "C'était une période très difficile, avec des moments durs à vivre", confie-t-il avec pudeur. Une épreuve qui illustre les défis auxquels font face nos agriculteurs alpins, piliers de l'économie régionale et gardiens de nos traditions fromagères.
La solidarité professionnelle au cœur de la reconstruction
L'arrivée d'Oasis révèle l'esprit de corps qui anime la profession. Cette vache d'exception, cédée par son confrère Thierry Dumoulin, représente bien plus qu'un simple animal d'élevage. "Elle est puissante, a un bon bassin, de bons aplombs, une mamelle encore fonctionnelle après cinq veaux", détaille Nicolas Prud'homme avec l'œil expert de celui qui a consacré sa vie à l'élevage.
Cette transaction dépasse le cadre commercial habituel. Thierry Dumoulin, qui a lui-même vécu le traumatisme de la brucellose dans les années 1990, comprend l'ampleur de la perte: "Autant faire plaisir à des éleveurs qui ont quand même eu le mérite de se sacrifier pour les autres". Car les abattages préventifs, bien que contestés, ont permis de limiter la propagation de cette maladie transmise par les insectes piqueurs.
Une mobilisation exemplaire de la filière
Les chiffres témoignent de l'ampleur du défi: sur les 2.700 animaux abattus en France, plus de 1.700 l'ont été dans la zone alpine comprenant la Haute-Savoie, la Savoie et l'Ain. Pour reconstituer les élevages laitiers de la région, il faut désormais 500 à 600 vaches, selon Cédric Laboret, président de la Chambre d'agriculture Savoie Mont Blanc.
La réponse collective force l'admiration: État, préfecture, mutuelles, banques, coopératives et interprofession se sont mobilisés. L'Aftalp, association des fromages traditionnels des Alpes, a notamment organisé une importante cagnotte de soutien, démontrant la cohésion de cette filière d'excellence.
Les enjeux de la reconstruction
Si plus des deux tiers des animaux ont déjà été trouvés et acheminés dans les fermes, la reconstruction s'annonce longue. À 2.400-2.500 euros par tête en moyenne, l'investissement est considérable. Nicolas Prud'homme estime qu'"il nous faudra cinq ans pour que nos exploitations soient au niveau d'avant crise".
Cette crise soulève des questions essentielles sur la résilience de notre agriculture alpine. Les éleveurs attendent avec impatience les résultats de l'enquête sur l'origine de la contamination. "Parce que sinon, il n'y a pas de raison que ça ne se reproduise pas", met en garde Cédric Laboret.
Au-delà des aspects économiques, cette épreuve révèle la force du modèle agricole alpin, fondé sur la solidarité professionnelle et l'excellence technique. Elle rappelle aussi l'importance cruciale de ces élevages pour la préservation de nos terroirs et la production de fromages d'appellation comme le reblochon.