La Suisse réhabilite enfin ses résistants de la Seconde Guerre mondiale
Le Conseil national a validé mercredi dernier, par 129 voix contre 60, une initiative parlementaire historique visant à réhabiliter les citoyens suisses ayant combattu dans la Résistance française ou italienne lors de la Seconde Guerre mondiale. Cette décision marque un tournant dans la reconnaissance du courage de ces compatriotes longtemps sanctionnés par la Confédération.
Une reconnaissance tardive mais nécessaire
L'initiative, portée par l'ancienne conseillère nationale Stéfanie Prezioso Batou, vise à supprimer les sanctions prises à l'époque contre ces combattants de la liberté. Seule l'UDC s'est opposée au texte, estimant qu'il n'y avait pas lieu de modifier la législation existante.
"Il s'agit d'un devoir de mémoire envers toutes les personnes ayant participé à la Résistance française et italienne", a déclaré Raphaël Mahaim (Vert-e-s/VD), vice-président de la Commission des affaires juridiques du Conseil national.
Cette réhabilitation, bien que symbolique, revêt une importance fondamentale pour l'historien Raphael Rues, coauteur de Ossola in guerra : "La décision de Berne est une prise de position en faveur des valeurs de la démocratie."
Le rôle méconnu du Tessin dans la Résistance
Après l'armistice du 8 septembre 1943 entre le gouvernement italien et les Alliés, le canton du Tessin devint un carrefour stratégique de la Résistance italienne. Le territoire offrit refuge aux civils et résistants, leur prodiguant soins médicaux et soutien logistique.
La région de l'Ossola, enclavée entre le Valais et le Tessin, présentait des conditions idéales pour la lutte armée. "Les nombreuses vallées encaissées, les forêts denses, les chalets isolés étaient parfaits pour la guérilla", explique Raphael Rues.
La contribution tessinoise fut déterminante : armes, munitions, vivres et vêtements transitaient par les sentiers de contrebande pour alimenter une résistance souvent démunie.
L'éphémère République partisane de l'Ossola
Le 10 septembre 1944 marqua l'apogée de cette résistance avec la libération de Domodossola et la création de la République partisane de l'Ossola. Cette expérience démocratique unique, bien qu'elle n'ait duré que quarante jours, servit d'exemple après-guerre.
La reconquête allemande fut impitoyable : plus de 500 résistants périrent, autant furent déportés. Le 23 octobre 1944, plus de 10'000 personnes s'enfuirent vers la Suisse, dont 3'500 combattants. Au moins 1'500 enfants furent accueillis par des familles suisses.
Une réconciliation avec l'Histoire
Cette réhabilitation clôt formellement une affaire qui, selon Raphael Rues, "n'a jamais cessé de peser sur le plan humain". Pendant des décennies, ces condamnations sont restées comme une note discordante dans les archives nationales.
Le dossier doit encore passer devant le Conseil des États, mais le large soutien obtenu au Conseil national augure d'une adoption définitive. Cette décision s'inscrit dans la droite ligne des valeurs helvétiques de démocratie et de respect des droits fondamentaux, tout en honorant la mémoire de ceux qui risquèrent leur vie pour la liberté.