Gestion des menaces: la Suisse romande à la traîne
Alors que le drame d'Aarau relance le débat sur la prévention de la violence, un constat s'impose: les polices romandes accusent un retard certain dans la mise en œuvre de la gestion cantonale des menaces. Selon l'Association des chefs de police judiciaire suisse, seuls Neuchâtel, Fribourg et Berne satisfont pleinement aux standards nationaux. Les autres cantons romands, eux, en sont encore à des stades variables de déploiement.
Quels cantons romands sont en retard?
La carte établie par l'association faîtière est sans appel: le Jura, le Valais et Vaud n'offrent qu'une mise en œuvre partielle, tandis que Genève en est encore au stade de la planification. Cette disparité n'est pas tant le fruit d'une négligence que d'une différence de méthodes et de priorités politiques, comme souvent en Suisse.
Dans le canton de Vaud, par exemple, la gestion des menaces est fragmentée, chaque type de violence étant traité séparément. Une révision légale est en cours pour renforcer la lutte contre les violences domestiques. À Genève, ce sont les bases légales qui manquent pour surveiller préventivement les personnes dites «préoccupantes». Le Valais, lui, dispose d'une base légale depuis 2024, mais la mise en œuvre se fait attendre, faute de budget et d'effectifs dédiés.
Qu'est-ce que la gestion cantonale des menaces?
Cette forme de police préventive, bien implantée en Suisse alémanique depuis les années 2010, vise à détecter et suivre les personnes à risque. Concrètement, des inspecteurs de police judiciaire consacrent leur temps à échanger avec des maris violents, des radicalisés, des harceleurs ou des personnes en souffrance psychique présentant des signes de passage à l'acte. Une approche de terrain, loin des procédures pénales classiques.
Des moyens modestes mais une volonté de monter en puissance
À Neuchâtel, pionnier en la matière, la Brigade menaces et prévention de la violence suit actuellement 280 cas avec un peu plus de trois équivalents plein temps. Fribourg dispose d'effectifs légèrement supérieurs, tandis que le Jura, d'où venait l'auteur de la fusillade d'Aarau, peine à dégager des moyens pour son unité spécialisée.
Les drames agissent souvent comme des accélérateurs. À Neuchâtel, le doublement des effectifs de la brigade a été annoncé au lendemain du meurtre d'une mère et de ses deux filles par le père de famille. Depuis 2024, l'ensemble des cantons et la Confédération affichent leur volonté de monter en puissance, notamment pour mieux lutter contre les violences domestiques.
Quels sont les défis à relever?
Au-delà des questions budgétaires, deux défis majeurs se dessinent: assurer un encadrement solide des enquêtes hors procédure pénale et créer la confiance avec les autres services de l'État et les acteurs médicaux pour faciliter la circulation de l'information. Un travail en réseau essentiel, comme le souligne Ludovic Rocchi, du Pôle enquête.
La Suisse romande a donc du chemin à parcourir pour rattraper son retard. Mais les bases légales et les volontés politiques se mettent en place, preuve que la prévention devient une priorité, même si les moyens suivent encore trop lentement.