La chanteuse française Camille publie «The Sound of Milk», un album en trois volets consacré à la naissance, à l'enfance et à l'adolescence. Elle y intègre des sons enregistrés au sein de son foyer, ainsi que les voix et les instruments de ses enfants. Elle se produira à Genève le 21 novembre dans le cadre du festival Les Créatives.
Cet enregistrement, paru le 18 septembre chez Balulalo/Because Music, constitue le sixième album studio de l'artiste depuis ses débuts avec «Le sac des filles» en 2002. Il se présente comme un triptyque: le premier volet, «Naissance», prend la forme d'un journal sonore; le deuxième, une comédie musicale de poche sur l'enfance, joue la carte de l'innocence orchestrale; le troisième, «Adolescence», adopte une veine plus pop, avec des mélodies mouvantes et des arrangements plus élaborés.
Une création née des sons du quotidien
«Dès le départ, j'étais émerveillée par les sons de la maisonnée, les babillages de mes enfants, explique Camille dans l'émission Vertigo du 5 octobre. J'avais l'intuition que je voulais créer quelque chose avec cela, quelque chose qui se transmette.»
Le projet s'est construit au fil du temps, les chansons évoluant avec les enfants de la chanteuse. «Ce que je raconte, ce sont les enfants qui grandissent et les chansons qui grandissent avec eux. Petit à petit, ils prennent un rôle, prennent les instruments, se mettent à chanter et font partie de l'histoire et de l'orchestration», précise-t-elle.
Ses enfants jouent des percussions, du piano et de la flûte, et apparaissent sur plusieurs morceaux. Pour Camille, il ne s'agit pas d'une obligation familiale: «C'est une transmission. Je ne m'en suis même pas aperçue. Ça s'est fait tout seul.»
Le disque contient des sons enregistrés durant les premières années de ses enfants. La chanteuse préfère cette approche aux images: «Je suis quelqu'un de très auditif, très dans l'ouïe. J'avais plutôt envie d'enregistrer des souvenirs plutôt que de les filmer.»
Pendant six ans, autour de ses deux grossesses, la chanteuse, âgée de 48 ans, n'a pas utilisé de téléphone portable, afin de préserver le caractère immédiat de ces moments.
«The Sound of Milk», entre allaitement et création
Le titre de l'album renvoie à l'allaitement, mais aussi à la musique. «C'est le moment où jaillit le lait, la mélodie. Les deux sont invisibles. Le lait va du sein de la mère à la bouche de l'enfant. Les mélodies, on les entend, mais on ne les voit pas», indique Camille, qui évoquait déjà ce thème dans la chanson «Fontaine de lait» (2017) ainsi que sur son quatrième album «Ilo Veyou» (2011).
La chanteuse décrit une «synergie» entre ces deux fluides et parle d'une «déclaration de gratitude». Le titre évoque enfin la Voie lactée: «C'est le même émerveillement que quand on regarde les étoiles et ces traînées de lait dans le ciel.»
La pochette de l'album a été réalisée par l'artiste Sophie Calle. Camille lui a demandé de la photographier enceinte, sur le toit de sa maison. On y voit la chanteuse nue, allaitant son fils, assise par terre: «C'était complètement libre. J'étais avec mes enfants. Je tournais la tête, je regardais autour de moi, je lui parlais. Ce n'était pas du tout posé. C'étaient vraiment deux femmes dans un moment.»
«Génération tête baissée»
Le volet consacré à l'adolescence, où Camille dresse deux portraits de son fils et de sa fille («Monsieur Garçon» et «Belle»), contient notamment la chanson «GTB», pour «Génération tête baissée». Elle y évoque une génération absorbée par les écrans: «On leur donne cet exemple. On a tous un téléphone dans nos poches. On mange avec un téléphone aussi bien qu'avec une fourchette.»
La chanteuse se montre préoccupée par la perte de contact humain, tout en reconnaissant sa propre responsabilité: «Je sens que je ne retrouve plus la relation dans ces moments-là.»
Le refus de l'intelligence artificielle dans la création
Camille établit un lien entre cette chanson et son refus de l'intelligence artificielle dans la création. Elle pense que cette technologie pourrait, paradoxalement, renforcer l'importance du travail artisanal: «Plus ça va aller, plus on va se rendre compte que rien ne peut simuler cette vibration du cœur humain.»
La chanteuse voit un signe d'espoir dans le retour du public vers les concerts et le spectacle vivant. «On est là, incarnés. On n'est pas là pour être de purs esprits ou des intelligences artificielles, dit-elle. J'ai bon espoir que cela valorise le vrai contact.»
Camille défend cette relation directe jusque dans sa manière de monter sur scène. Elle se produit souvent pieds nus: «Mes chaussures mettent un filtre entre soi et le sol. J'ai besoin de sentir le sol vibrer. Symboliquement, c'est ça qui se joue pour moi.»
Propos recueillis par Pierre Philippe Cadert, adaptation web: Olivier Horner
Informations pratiques
Camille, «The Sound of Milk» (Balulalo/Because Music), paru le 18 septembre 2026. En concert à l'Alhambra, Genève, dans le cadre du festival Les Créatives, le 21 novembre 2026.
