Le Ministère public genevois a ouvert une procédure pénale pour faux dans les titres après les versements suspects reçus par l'association de soutien de Pierre Maudet durant sa campagne électorale de 2023. Selon la RTS, qui a révélé l'information mardi, des perquisitions ont été menées le 23 septembre et le responsable de la fiduciaire impliquée est désormais prévenu.
L'enquête porte sur des dons de plus de 20'000 francs émanant de cinq donateurs fictifs, une pratique prohibée par la loi genevoise sur le financement politique. La procédure est dirigée par la procureure Elsa Studer, qui traite les affaires dites présidentielles au sein du Parquet.
Des dons au nom de figures historiques genevoises
Quatre des versements litigieux portent les noms de personnalités historiques du canton: James Fazy, Robert Céard ou encore Adrien Lachenal. Le problème est simple: ces hommes n'ont pas d'homonymes contemporains. Aucun d'entre eux n'a donc pu signer ces chèques.
Les fonds ont été versés directement à l'Association de soutien à l'action politique de Pierre Maudet, dirigée par des proches du conseiller d'Etat. La régularité de ces versements avait été certifiée par une fiduciaire administrée par un fidèle soutien de l'édile, précise la RTS.
Sanctions administratives confirmées, recours pendants
La Chancellerie d'Etat a sanctionné l'association et sa fiduciaire, une première dans le canton. La Chambre administrative de la Cour de justice a confirmé ces sanctions l'été dernier. Des recours sont désormais pendants devant le Tribunal fédéral.
Un cinquième don, de 5000 francs, était présenté comme émanant d'une juge en exercice. La magistrate dément avoir versé le moindre franc et a déposé une plainte pénale l'an dernier, au moment où la RTS révélait l'existence de ces donations. Contactée par la radio publique, elle n'a pas donné suite à ses sollicitations.
Perquisitions, saisies et mise en prévention
Le 23 septembre, la procureure Elsa Studer a mené des perquisitions au siège de la fiduciaire ainsi qu'au domicile genevois du président de l'association, accompagnée d'un dispositif policier important. Des documents et du matériel ont été saisis, avant que les avocats des deux entités n'en bloquent l'accès dans l'attente d'une décision de justice.
«Ayant notamment pris connaissance de faits susceptibles de constituer une infraction de faux dans les titres (art. 251 CP) et d'un dépôt de plainte, le Ministère public a ouvert une procédure pénale», a indiqué le porte-parole du Parquet, Olivier Francey.
Le responsable de la fiduciaire est prévenu de faux dans les titres et risque jusqu'à cinq ans de prison. Son avocat, Me Thomas Barth, a déclaré: «En raison de la procédure en cours, mon client réserve ses déclarations pour le Ministère public.» Le président de l'association, défendu par Me Annette Micucci, a le statut de personne appelée à donner des renseignements, à mi-chemin entre le prévenu et le témoin. Tous deux sont présumés innocents.
Pierre Maudet reste silencieux
Pierre Maudet, principal bénéficiaire de ces dons lors de sa réélection en 2023, n'est, à ce stade, pas inquiété pénalement. Il n'a pas répondu aux sollicitations de la RTS, qui a révélé l'affaire
