La reine Camilla multiplie les démarches depuis deux ans pour rapatrier la peluche originale de Winnie l'ourson, conservée depuis 1987 à la New York Public Library. L'ourson en peluche, acheté chez Harrods en 1921 pour le premier anniversaire de Christopher Robin, le fils de l'écrivain A.A. Milne, célèbre cette semaine son centenaire.
Le bras de fer, rapporté par Radio Lac et rts.ch, oppose la monarchie britannique à une institution américaine qui refuse catégoriquement de s'en séparer.
Une peluche new-yorkaise depuis 1987
La peluche, haute d'une cinquantaine de centimètres, a été fabriquée en 1920 par le fabricant britannique Merrythought. Elle réside aujourd'hui à la New York Public Library, aux côtés de Bourriquet, Porcinet, Tigrou et Grand Gourou. L'ensemble attire des dizaines de milliers de visiteurs chaque année dans la salle où trônent également le bureau de Charles Dickens, une première édition de Platon et un First Folio de Shakespeare.
Le chemin vers Manhattan fut un voyage officiel, non un pillage. En 1947, Christopher Robin, devenu adulte, autorisa A.A. Milne à confier les peluches à son éditeur américain pour une tournée promotionnelle. Quarante ans plus tard, l'éditeur en fit don à la bibliothèque new-yorkaise.
La diplomatie royale en première ligne
La reine Camilla s'est rendue en personne à la bibliothèque au printemps, offrant en cadeau une réplique historique de Petit Gourou, le bébé kangourou dont l'original s'est perdu dans un verger de pommiers anglais dans les années 1930. Ce geste d'amadouement est resté sans effet sur l'institution.
Deux ans plus tôt, Gyles Brandreth, écrivain, ancien homme politique et ami de Christopher Robin, s'était rendu à New York comme émissaire de Camilla pour négocier un séjour des peluches à l'occasion du centenaire, rapporte rts.ch.
« Ce n'est pas une campagne, c'est une invitation », a-t-il déclaré au Washington Post, précisant que le palais de Buckingham comme le château de Windsor tiennent une chambre à disposition de l'ourson et de ses amis.
Touriste ou immigrant ?
La question du statut de Winnie n'est pas nouvelle. En 1998, la députée travailliste britannique Gwyneth Dunwoody avait explicitement invoqué le précédent des marbres du Parthénon, réclamés par la Grèce au British Museum, pour exiger le retour de l'ourson.
« Tout comme les Grecs veulent récupérer les marbres d'Elgin, nous voulons récupérer Winnie l'ourson et ses merveilleux amis », avait-elle déclaré.
Elle qualifiait ces jouets de « patrimoine britannique », estimant qu'ils avaient « perdu 70 ans en exil » et voulaient « revenir à la maison ». L'affaire monta jusqu'à Tony Blair et Bill Clinton, qui, selon la presse de l'époque, jugea que perdre l'ourson serait « unbearable », un jeu de mots sur le mot anglais « bear ».
Côté américain, l'humour l'a emporté sur la diplomatie. Rudy Giuliani, alors maire de New York, s'était précipité à la bibliothèque. « Pooh incarne le meilleur de l'immigration », avait-il lancé, demandant en plaisantant à l'ourson s'il disposait d'une Green Card.
Une question de propriété et de volonté
Le dossier Winne l'ourson rappelle, en version légère, les débats sur la restitution des œuvres d'art déplacées entre nations. À la différence des marbres du Parthénon, nul pillage colonial ici : les peluches ont été confiées volontairement par leur propriétaire, puis léguées à une institution publique américaine.
La New York Public Library, institution privée à but non lucratif, ne semble guère disposée à négocier. La bibliothèque a fait la sourde oreille malgré les visites royales et les cadeaux protocolaires.
Pour l'heure, aucun accord n'est intervenu. Winnie l'ourson, ses amis et leurs admirateurs new-yorkais peuvent donc poursuivre leurs lectures au coin de la Cinquième Avenue, tandis que Buckingham maintient sa chambre d'amis prête, au cas où.
