Iran : témoignage glaçant d'un manifestant sur la répression
Dans un contexte de coupure totale d'Internet, les témoignages directs demeurent essentiels pour comprendre l'ampleur de la répression qui frappe l'Iran depuis les manifestations de fin décembre. Un ingénieur iranien de 45 ans, rencontré à Istanbul sous le nom d'emprunt de Farhad, livre un récit saisissant des violences subies par la population civile.
Une escalade de violence systématique
Farhad, employé de l'industrie pétrolière iranienne, témoigne de l'évolution dramatique de la situation dans sa ville d'un million d'habitants, proche de Téhéran. "Le premier jour, il y avait tellement de monde dans les rues que les forces de sécurité sont simplement restées à distance", se souvient-il. Mais dès le deuxième jour, la stratégie répressive s'est durcie : "Elles ont compris que si elles n'ouvraient pas le feu, les gens n'allaient pas se disperser".
Le témoignage révèle l'usage d'armes de guerre contre des civils. Farhad décrit avoir vu "une vingtaine de militaires jaillir de leur véhicule et ouvrir le feu sur des jeunes à une centaine de mètres", précisant que les forces utilisaient également des fusils de chasse. Sous ses yeux, un médecin ami a été "atteint au visage par les plombs d'un fusil de chasse".
Un système de santé sous surveillance
L'un des aspects les plus troublants du témoignage concerne la militarisation des structures hospitalières. Les blessés évitaient de se rendre à l'hôpital car "les autorités et la police s'y trouvaient". Tout patient présentant des blessures par balle ou des impacts de plombs était "arrêté et interrogé".
Cette situation a contraint le corps médical à adapter ses pratiques : "Des médecins se rendaient au domicile des victimes pour leur prodiguer des soins", rapporte Farhad. Lui-même, frappé à coups de matraque par deux personnes à moto, n'a pas osé consulter, jugeant cela "trop dangereux".
Solidarité citoyenne face à la répression
Malgré la terreur, une forme de résistance civile s'est organisée. De nombreuses familles ont ouvert leurs portes aux manifestants blessés. La sœur de Farhad et son amie ont ainsi accueilli "une cinquantaine de garçons et leur ont offert du thé et des gâteaux".
Le témoignage souligne la diversité sociologique du mouvement protestataire : "beaucoup de femmes et de filles" participaient aux manifestations, ainsi que des enfants de "six ou sept ans" scandant des slogans hostiles au guide suprême Ali Khamenei.
Contrôles systématiques et surveillance
Les forces de sécurité ont mis en place un dispositif de contrôle sophistiqué. Elles procédaient à des vérifications aléatoires des téléphones portables, recherchant toute trace de participation aux manifestations. "Ils obligeaient aussi les gens à relever leur chemise pour rechercher des traces de blessure par balle", détaille Farhad.
Toute découverte de preuves entraînait une arrestation immédiate pour interrogatoire, créant un climat de terreur généralisée.
Une détermination intacte
Malgré ces conditions extrêmes, la détermination populaire demeure, selon le témoin : "Les gens étaient encore prêts à manifester parce qu'ils sont tellement en colère". Farhad lui-même affirme n'avoir "absolument pas peur" de rentrer en Iran, où l'attend son travail.
Il exprime sa conviction que "le système ne peut pas survivre" et que "tout le monde est écrasé par cette dictature". Son témoignage, recueilli juste avant son retour, illustre la résilience d'une population déterminée à faire entendre sa voix malgré la répression.
Ce récit de première main, dans un contexte de black-out informationnel, éclaire la gravité de la situation iranienne et soulève des questions fondamentales sur le respect des droits humains et la proportionnalité de la réponse étatique face aux revendications citoyennes.