Iran : témoignage d'un manifestant sur la répression gouvernementale
Un ingénieur iranien de 45 ans, réfugié temporairement à Istanbul, livre un témoignage saisissant sur la répression des manifestations qui ont secoué l'Iran. Sous le nom d'emprunt de Farhad, cet employé de l'industrie pétrolière décrit une situation où "chaque famille a été touchée" par la violence des forces de sécurité.
Une escalade de la violence
Les manifestations, initialement déclenchées par la crise économique fin décembre, ont rapidement évolué vers les plus importants mouvements antigouvernementaux depuis la révolution islamique de 1979. "Le premier jour, il y avait tellement de monde dans les rues que les forces de sécurité sont simplement restées à distance", se souvient Farhad. Mais dès le deuxième jour, la stratégie a changé radicalement.
L'ingénieur témoigne d'une répression systématique : "Nous avons vu une vingtaine de militaires jaillir de leur véhicule et ouvrir le feu sur des jeunes à une centaine de mètres. J'ai vu les gens courir, mais ils leur tiraient dans le dos". Les forces de sécurité utilisaient notamment des fusils de chasse, visant délibérément la tête et la poitrine des manifestants selon les ONG Amnesty International et Human Rights Watch.
Un système de santé sous surveillance
L'un des aspects les plus troublants du témoignage concerne l'instrumentalisation du système de santé. "Tout blessé par balle ou ayant reçu des plombs était arrêté et interrogé" à l'hôpital, explique Farhad. Cette situation a contraint de nombreux blessés à éviter les soins médicaux officiels.
Face à cette situation, la solidarité civile s'est organisée : "Des médecins se rendaient au domicile des victimes pour leur prodiguer des soins". La sœur de Farhad et son amie ont ainsi accueilli "une cinquantaine de garçons" pour leur offrir premiers secours et réconfort.
Une mobilisation intergénérationnelle
Le témoin souligne la diversité des manifestants : "beaucoup de femmes et de filles" ainsi que de très jeunes participants. Il rapporte avoir vu des enfants de "six ou sept ans" scander des slogans hostiles au guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei.
Malgré les contrôles systématiques des téléphones portables et la recherche de traces de blessures sur les corps, la détermination populaire demeurait intacte. "Les gens étaient encore prêts à manifester parce qu'ils sont tellement en colère", affirme Farhad.
Perspectives d'avenir
Interrogé sur ses projets, l'ingénieur affirme n'avoir "absolument pas peur" de rentrer en Iran, tout en exprimant l'espoir d'une intervention internationale. Il reste convaincu que "le système ne peut pas survivre" face à l'ampleur du mécontentement populaire.
Ce témoignage, recueilli alors que l'Iran reste largement coupé du monde par la coupure d'Internet, offre un éclairage précieux sur la réalité de la répression dans ce pays de plus de 92 millions d'habitants, où les libertés fondamentales et les droits de l'homme sont gravement menacés.