L'Iran pris en étau entre les menaces américaines et les sanctions européennes
La République islamique d'Iran fait face à une escalade diplomatique et militaire sans précédent. Alors que Washington maintient la pression sur le dossier nucléaire, l'Union européenne durcit le ton après la répression sanglante de janvier, créant un contexte géopolitique particulièrement tendu au Moyen-Orient.
L'Europe désigne les Gardiens de la Révolution comme organisation terroriste
Dans une décision unanime, les 27 ministres des Affaires étrangères de l'UE ont classé les Gardiens de la Révolution iraniens comme "organisation terroriste". Cette mesure, directement liée à la répression violente des manifestations de janvier, s'accompagne de sanctions ciblées contre 21 entités et responsables iraniens, incluant le ministre de l'Intérieur et le chef de la police.
"Terroriste, c'est bien ainsi que l'on qualifie un régime qui réprime les manifestations de son propre peuple dans le sang", a déclaré la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. La cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a abondé dans ce sens, tout en exprimant ses réserves quant à une éventuelle intervention militaire américaine.
Téhéran brandit la menace de représailles "instantanées"
Face à cette pression internationale croissante, les autorités iraniennes adoptent une posture de fermeté. Le vice-président Mohammad Reza Aref a appelé le pays à "se préparer à la guerre", tandis que les responsables militaires promettent des ripostes "écrasantes" en cas d'attaque.
Le porte-parole de l'armée iranienne a particulièrement mis l'accent sur les "sérieuses vulnérabilités" des porte-avions américains, promettant une réponse "instantanée" à toute agression. Cette escalade rhétorique s'accompagne d'un renforcement militaire, avec l'annonce du déploiement de 1.000 drones dans les régiments de combat.
Le dossier nucléaire au cœur des tensions avec Washington
Si l'Europe fonde ses sanctions sur la répression intérieure, l'administration Trump concentre ses menaces sur le programme nucléaire iranien. Le président américain a averti sur Truth Social que le "temps était compté" avant une éventuelle intervention militaire, évoquant une attaque potentiellement "pire" que celle menée en juin dernier contre des installations nucléaires iraniennes.
Cette approche différenciée entre alliés occidentaux révèle la complexité du dossier iranien, où se mêlent préoccupations sécuritaires, droits humains et stabilité régionale.
Les efforts diplomatiques persistent malgré les tensions
Malgré cette escalade, les canaux diplomatiques demeurent ouverts. Le ministre des Affaires étrangères iranien Abbas Araghchi multiplie les contacts avec les pays du Golfe et se rendra vendredi en Turquie, Ankara souhaitant jouer un rôle de médiateur.
Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a appelé au dialogue pour éviter une crise aux "conséquences dévastatrices pour la région". Cette préoccupation est partagée par les pays du Golfe, qui redoutent les répercussions économiques d'un conflit, notamment sur les prix énergétiques.
Un bilan humain dramatique
La répression de janvier a fait des milliers de victimes selon les organisations de défense des droits humains. L'ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA) fait état de 6.373 morts, dont 5.993 manifestants, avec plus de 11.000 blessés graves et 42.486 arrestations. Ces chiffres pourraient être sous-estimés, l'organisation évoquant plus de 17.000 décès en cours d'examen.
Cette situation illustre la fragilité du régime iranien face à la contestation populaire et explique en partie la radicalisation de sa posture internationale, dans un contexte où les pressions externes et internes convergent vers un point de rupture potentiel.